Berlin (J + 140, 237 km)
Par Fabrice Blocteur le Jeudi, octobre 19 2006, 21:04 - Europe - Lien permanent

Je viens de tomber sur un autre très bel endroit où passé la nuit avec une chambre très large aux poutres en bois apparentes. Bien que je n’étais qu’à quelques kilomètres de Magdebourg, j’ai préférer chercher un hôtel à l’extérieur de cette grande ville. Je me suis arrêté à Bourg et suis d’abord allé à l’hôtel C.V. Clausewitz. À cause du nom. Officier et théoricien militaire prussien, c’est à lui que l’on doit cette phrase fameuse: « La guerre n’est que la poursuite de la politique par d’autres moyens ». Il est l'auteur du traité De la Guerre qui demeure un ouvrage majeur de stratégie militaire. J’ignore s’il est né ici. Pas impossible.
L’hôtel ne payais pas trop de mine mais je me suis quand même renseigné sur le prix des chambres : 55 €. Même pour dormir dans la chambre au Clausewitz est né, je n’étais pas prêt à payer ce prix.
J’ai retraversé une partie de la ville et suivi une affiche indiquant une pension. La Villa Wittstock est vraiment superbe. Bâtie sur trois étages, la maison paraît très ancienne. Je ne serais pas surpris qu’elle existait déjà lors du passage de Madame de Bourboulon
J’étais arrivé devant le Reichstag à midi. Je n’y serais jamais arrivé aussi rapidement et aussi facilement sans le GPS. J’avais tracé la route hier à l’aide de l’ordinateur que j’ai téléchargée dans l’appareil. Je n’avais plus qu’à suivre les indications pour me retrouver au centre de Berlin.
Mon dernier passage dans la capitale allemande remontait à dix-sept ans. Mon frère m’avait invité à son mariage et j’étais arrivé en France quelques jours avant la cérémonie. J’en avais profité pour aller faire un tour à Berlin. J’avais pris un train de nuit bondé et je n’avais pas fermé l’œil de la nuit. Je l’avais passée à discuter avec un Polonais vivant en France, un catholique pur et dur, plus catholique que son concitoyen de pape vivant au Vatican à l’époque.
J’avais débarqué du train au petit jour et je m’étais dirigé vers le point de passage Checkpoint Charlie pour passer à Berlin Est. J’avais obtenu un des derniers visas pour passer de l’autre côté du mur. Il venait de tomber et le rideau de fer de s’ouvrir. Les visas n’étaient plus que des formalités inutiles. Devant le Reichstag, de vieilles voitures essoufflés chargées à raz bord de bagages arrivaient par dizaines des pays limitrophes de l’Europe de l’Est et la plupart du temps rendaient l’âme sur place. Il régnait ce jour-là à Berlin une ambiance de fête indescriptible.
Les gens s’agglutinaient devant les vitrines de magasins d’électronique pour suivre sur des postes de télévision l’histoire qui s’écrivait sous leurs yeux, et, par la même occasion, assister en direct à la chute du dictateur roumain Ceausescu évincé du pouvoir par une foule au cri de Ti-mi-soa-ra, Ti-mi-soa-ra, une ville roumaine où l’armée avait tiré sur des manifestants en faisant de nombreuses victimes.
Je m’étais promené toute la journée du côté de la Porte de Brandebourg en participant, moi aussi, à l’aide d’un marteau et d’un burin, à la collecte de quelques morceaux de béton en démantelant une partie de ce mur qui pendant plus d’une génération avait symbolisé la séparation des Européens de l’est de ceux de l’ouest.
J’avais repris un train de nuit le soir même, toujours bondé et toujours sans pouvoir dormir pour pouvoir assister au mariage de mon frère le lendemain. Deux jours plus tard, le jour de Noël, Leonard Bernstein avait offert un concert aux habitants de Berlin enfin réunis. Il avait interprété la 9ème symphonie de Beethoven, l’Ode à la joie, que les Européens de la CE se sont donnés comme hymne communautaire. Ce jour-là, les paroles en avaient été quelque peu changées : le mot allemand freude (joie) avait été remplacé par freiheit (liberté).