En me levant ce matin j’ai pensé qu’il avait neigé pendant la nuit. Le sol était recouvert d’une épaisse couche de givre. Et le soleil n’était toujours pas parvenu à percer la brume quand je suis parti vers neuf heures accompagné d’une température de 3°. Je n’avais pas rencontré un tel froid depuis le milieu de la Sibérie.

Il faisait nettement meilleur quand j’ai franchi l’Oder en début d’après-midi pour entrer en Allemagne à l’endroit où Madame de Bourboulon l’avait franchie. Le douanier polonais à qui j’ai tendu mon passeport avait du mal à croire que ma moto avait traversé la Russie. Son collègue allemand également.

Je me suis arrêté dans la petite ville allemande à la frontière pour retirer de l’argent dans une banque. Une petite ville bien ordonnée avec de très belles boutiques et des gens qui font du vélo par plaisir, pas pour aller travailler comme je l’avais souvent vu jusqu’ici. Je n’étais pas seulement entrer en Allemagne, j’étais entré en Occident.

Un peu plus loin, j’ai traversé une plus grande ville. Frankfurt An Der Oder. Une ville universitaire avec un Mac Donald's et des feux de circulation bien synchronisés, des autobus très modernes et des anciens trolleybus remis à neuf, des rues récemment goudronnés et des trottoirs garnis de bacs à fleurs. Des femmes promenaient leurs chiens, des hommes promenaient leurs enfants, des institutrices promenaient leurs élèves, des personnes âgées se promenaient en bicyclettes et des ivrognes promenaient leur misère.

J’ai pris l’autoroute en direction de Berlin que j’ai quittée après trente kilomètres pour m’arrêter à Fürstenwalde. Le bureau touristique m’a référé à un hôtel juste à côté d’une l’église. Un hôtel dont l’histoire est lié à Zille.

J’ai demandé à l’employé à la réception où je pouvais laisser la moto pour la nuit.

- Vous pouvez la laisser devant l’hôtel.

J’ai été surpris pas sa réponse. Depuis mon départ du Japon, la moto n’avait jamais passé une nuit sans être sous surveillance où dans un endroit protégé.

- Aucun problème à la laisser là?

- Ah oui ! Attendez une minute.

Il est revenu avec une petite affiche laminée.

- Vous pouvez mettre ça sur le devant de votre moto.

- …! Qu’est-ce-que c’est?

- C’est pour indiquer que votre moto est autorisée à stationner dans la rue. Sans cette autorisation, vous risquez d’avoir à payer une amende pour stationnement illégal.

- Aucun risque de vandalisme?

Cette fois ce fut son tour d’être surpris par ma question.

- Vandalisme? Mais il n’y a pas de vandalisme ici. Ne vous inquiétez pas. Votre moto ne risque rien.

J’ai déposé mes bagages et je suis parti faire un petit tour dans la ville. Je savais que l’Allemagne avait investi énormément d’argent dans la reconstruction de l’ancienne RDA mais je n’avais aucune idée de l’efficacité avec laquelle cet argent avait été utilisé. À en jugé par la façade, c’est impressionnant.

Toutes les anciennes maisons du centre-ville ont été rénovées, incluant les bâtiments publics et les deux églises. Les anciens immeubles de style socialiste ont été régénérés en leur donnant une touche de modernisme colorée. Un centre d’achat a été bâtit et très bien intégré dans un vieux bâtiment et des pistes cyclables ouvertes.

Je suis entré dans un magasin. Le patron parlait un peu anglais.

- Votre ville est très belle. Est-ce qu’elle a toujours été aussi belle?

- (rires) Non! Non! Pas du tout. Autrefois c’était vieux et gris. Mais au cours des dernières années on a fait beaucoup de travaux.

Je suis allé manger à l’intérieur du centre d’achat. Contrairement à la Russie, je ne suis plus obligé de payer avant de consommer. La même chose avec l’hôtel. Quand j’ai demandé à l’employé pour payer, il m’a dit que je pouvais régler la facture demain matin. Idem avec les stations d’essence. À Frankfurt, le pompiste ne comprenait pas que je veuille régler avant de faire le plein.

Je me suis redirigé vers l’hôtel. Même les horloges des deux églises fonctionnaient harmonieusement bien. Elles ont sonné huit heures en même temps.