Étape importante (J + 136, 161 km)
Par Fabrice Blocteur le Dimanche, octobre 15 2006, 20:15 - Europe - Lien permanent
Je suis allé faire une petite ballade après avoir pris mon petit déjeuner. Les fidèles se pressaient pour assister à la messe dominicale. Par curiosité je les ai suivis jusqu’à l’intérieur de la cathédrale. La Pologne est fidèle à sa réputation : la nef était remplie à capacité d’environ 500 personnes avec plusieurs qui étaient restées debout à l’entrée et sur les côtés.
Contrairement à Rēzekne en Lettonie, l’assistance n’était pas composée que de personnes âgées mais de gens de tout âge, incluant des enfants, des adolescents, des jeunes couples et beaucoup de religieuses. Je suis ressorti au bout d’une dizaine de minutes pour me diriger vers le bureau de tourisme en oubliant qu’aujourd’hui dimanche, jour du Seigneur et de repos pour les Catholiques, tout était fermé. La réceptionniste me l’a confirmé.
Le ciel était couvert de gros nuages qui laissaient entrevoir le soleil par petites doses quand je suis parti vers onze heures sous une température très agréable de 15°. Je venais à peine de faire quelques kilomètres que je me suis rappelé que je ne devais pas être loin de franchir une autre étape importante. Je me suis arrêté pour vérifier dans mon carnet. J’étais tombé pile. À cet instant précis, la moto franchissait le cap des 10 000 km depuis qu’elle avait quitté le Japon. Pour fêter ça, l’étape d’aujourd’hui serait courte et mené au ralenti.
En Lituanie j’avais rencontré des gens qui m’avaient dit que les routes en Pologne, contrairement aux pays baltes, étaient semblables aux routes russes. Comme les gens sont méchants. C’est pas vrai. En tout cas pas pour celles que j’ai prises jusqu’ici. J’ai même dû faire un détour par une route campagnarde qui n’était pas dans un état excellent mais sans aucun doute pareil à ce que j’avais vu en Lituanie et en Lettonie.
Je l’ai tellement aimé cette route que j’ai décidé de continuer à rouler dessus en continuant de longer la voie de chemin de fer que j’ai traversée à quelques reprises au hasard du chemin. J’ai également traversé de petits villages endormis autour de leurs églises en briques reconnaissable de loin à leurs toits en ardoises qui se découpaient au dessus de verts pâturages et de forêts au superbe et sauvage manteau jaune et brun.
Je n’ai rejoint la route nationale 22 qu’a Elblag, au sud-ouest de Gdansk. « Qui est prêt à mourir pour Gdansk? » avait demandé Hitler avant de lancer son offensive vers la Pologne en étant persuadé que, comme dans le cas des Sudètes, personne ne répondrait à l’appel. Un holocauste et quarante millions de morts plus tard il avait obtenu la réponse à sa question.
Juste avant de passer le fleuve Nogat à Malbork, j’ai piqué vers le sud pour faire un petit détour par le confluent 54°N 19°E que j’ai trouvé non pas au milieu d’un champ mais au milieu d’un bois. Une petite route forestière en béton m’y a mené tout droit. J’y ai également trouvé un blockhaus dont je serais bien curieux de savoir par qui et pourquoi il a été construit.
J’ai fait demi-tour pour reprendre la route nationale 22 et, plus à l’ouest cette fois, franchir la Vistule qui arrose Varsovie en amont. Si je n’avais pas eu à longer la voie ferrée, j’aurais pris une route plus tranquille que cette route nationale. Je roulais à peine à 70 km/h et les automobilistes me doublaient à presque deux fois cette vitesse.
Vers 15:30 j’ai aperçu un petit panneau sur le bord de la route indiquant un pensionnat qui faisait hôtel à quatre kilomètres à travers bois. Fatigué par cette circulation dominicale, je me suis dirigé vers le pensionnat, imaginant une ribambelle de jeunes filles en robes blanches coiffées de larges chapeaux venant m’accueillir à la grille pour me mener prendre le thé et m’offrir des tartes aux myrtilles.