Depuis plusieurs jours déjà, la météo annonce des lendemains ensoleillés. Ce fut le cas au cours des deux jours que j’ai passé à Vilnius. Pour ce qui est d’aujourd’hui, c’est les conditions que je connais depuis Moscou. Pas terrible avec un ciel qui donne l’impression que la pluie est sur le point de venir me rendre visite.

En quittant la Russie quelque jours plus tôt, j’avais pris la résolution de m’arrêter au gré de la route et de ne plus me fixer d’objectif quotidien. Ça m’a permis de retrouver le plaisir de voyager en moto que j’avais presque oublié.

J’ai donc tranquillement pris la direction de l’ouest pour retourner en Russie. Eh oui ! L’enclave de Kaliningrad, autrefois territoire allemand, est en effet devenue soviétique après la Seconde guerre Mondiale. Comme on peut le voir sur une carte politique de l’époque, après avoir quitté Vilnius (alors dans l’Empire russe), Madame de Bourboulon passa en Prusse en empruntant la voie ferrée ouverte quatre mois plus tôt et qui menait jusqu’à Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad). La Pologne en tant qu’État indépendant n’existait pas.

J’ai longé cette voie ferrée en prenant l’autoroute A1 qui mène jusqu’à la frontière russe. Après avoir franchi la rivière Neris à Kaunas que j’avais déjà traversé à Vilnius, j’ai décidé de quitter l’autoroute et son trop plein de circulation pour une route de campagne plus tranquille qui longe la ligne de chemin de fer d’encore plus près.

En milieu d’après-midi, avec une température de seulement 10°, j’ai commencé à avoir froid et j’ai remis le passage de la frontière à plus tard. En arrivant à Vilkaviškis, une quinzaine de kilomètres avant de passer en Russie, je me suis arrêté au centre-ville pour chercher un hôtel. J’ai eu la surprise de tomber sur un bureau touristique, le premier que je voyais depuis mon départ de Vladivostok.

- Pourriez-vous m’indiquer un hôtel ?

- Juste à côté, le bâtiment que vous voyez sur la gauche.

Et, une nouvelle fois, un bâtiment de l’époque soviétique pas très attirant.

- Est-ce que vous en connaissez un autre à l’extérieur de la ville ?

- Si vous descendez à une trentaine de kilomètres vers le sud en direction de la Pologne, vous pouvez trouver un hôtel isolé au bord d’un lac.

- Et le prix ?

- 20 €. La même chose que celui d’à côté.

- Pouvez-vous m’indiquer la route à suivre ?

Je suis donc descendu vers le sud et j’ai coupé à travers le parc régional de Vištyčio par une piste pour arriver au bord du lac Vištytis. Le paysage est magnifique et la piste serpente à travers le parc au milieu des cultures maraichères. Les labours étaient encore en cours et je me suis rappelé avec plaisir l’odeur de la terre fraichement labourée.

La mécanisation de l’agriculture est ici beaucoup plus avancée que ce que j’ai pu voir en Russie. La traction animale n’en a cependant pas encore été totalement abandonnée. J’ai vu un paysan passé une herse tirée par deux chevaux.

L’hôtel Viktorija est effectivement isolé. Tellement isolé qu’à cette période de l’année il est complètement déserté par la clientèle. La frontière polonaise est à environ deux kilomètres au sud à travers la forêt et je peux voir la Russie sur la berge opposée à environ 500 m.

En fait la frontière russe est de ce côté ci de la rive et si je trempe mes pieds dans l’eau du lac je suis théoriquement en Russie. J’ai préféré trempé mes pieds dans l’eau plus chaude du jacuzzi. J’étais seul. Et j’ai pu faire quelques longueurs dans la piscine avant de passer dans le sauna turc suivi du sauna suédois. J’étais de retour au Japon où après une ballade en moto je termine généralement ma journée dans un onsen.