J’ai emmené la moto en matinée chez le concessionnaire Yamaha. Je voulais qu’ils fassent une petite vérification et un dernier changement d’huile. Le directeur pensait que je plaisantais quand je lui ai dit que la moto venait de traverser la Russie. Il m’a demandé si mon intention au départ de ce voyage était de l’achever le plus rapidement possible.

La vérification devait prendre au moins trois heures. J’ai donc laissé la moto et je suis revenu en bus jusqu’au centre-ville. Je me suis promené en touriste dans la partie historique de Vilnius au sud de la cathédrale. Toute cette partie de la ville à été très bien rénovée. On pourrait se croire dans la partie ancienne d’une ville d’Europe du nord avec ses façades colorées, ses petites rues étroites et ses boutiques et restaurants aux enseignes commerciales en lettres gothiques.

Rien à voir avec les villes russes ou à part les kremlins et (parfois) les églises orthodoxes, il ne reste plus rien des anciens quartiers résidentiels ou commerçants en bois. À partir d’ici, le bois fait place à la pierre.

J’avais été surpris à Moscou par la réponse de Timour (originaire d’Irkoutsk) quand je lui avais posé la question à savoir s’il aimait la capitale russe.

- Non, m’avait-il répondu, Moscou est une ville de pierre.

Mais elle fut de bois et c’est la raison pour laquelle elle brula si bien et si vite quand les Russes forcèrent Napoléon à l’évacuer. À propos de Napoléon, j’ai vu une plaque apposée sur une maison pour souligner le fait que Stendhal y séjourna lors du passage de l’armée napoléonienne en décembre 1812.

On pourrait faire la même distinction entre la Chine et le Japon. Il subsiste très peu de bâtiments vieux de plus de trois ou quatre siècles au Japon. Les constructions en bois ont depuis longtemps disparus. Les touristes nippons s’émerveillent en visitant des châteaux de la période Edo (1600 à 1868), de la même façon que des touristes en Europe s’émerveillent en visitant des monuments romains. La Chine, quant à elle, est comme l’Europe, elle a été construite en pierre.

Si la partie historique de Vilnius a été suffisamment bien rénové pour être classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, c’est loin d’être le cas de sa périphérie qui, semblable aux villes russes, a conservé l'empreinte des tours d'habitation de béton gris de l'époque soviétique assez mal intégrées au paysage verdoyant des campagnes environnantes.

Des trois millions et demi d’habitants que compte la Lituanie, un peu plus d’un demi-million vivent à Vilnius. La communauté juive, majoritaire dans la ville avant la Deuxième guerre Mondiale, tout comme dans d’autres villes où je suis passé au cours des derniers jours et où je vais passer dans les prochains jours, a été totalement anéantie par la Shoah.