Rēzekne (J + 130)
Par Fabrice Blocteur le Lundi, octobre 9 2006, 19:47 - Europe - Lien permanent
J’ai commencé à pester contre le temps de nouveau pluvieux en me levant. Je n’avais pas envie de passer ma journée à pester. Alors je ne suis pas parti. Après tout cet endroit est tout à fait le genre d’endroit où j’aime bien m’arrêter. Il n’y a rien à y voir. Enfin, pas la même chose qu’à Pskov où de toute façon je n’avais rien vu de ce qu’il y avait à voir.
Pas de touristes ici. Rien que des Lettons… ou presque. Plus de 50% des habitants de Rēzekne sont Russes. Ce n’est pas unique pour la Lettonie. Des deux millions d’habitant que compte le pays, moins de 70% sont des Lettons.
L’hôtel où je suis descendu me plait également. La chambre à 13 € est mieux que ce que j’avais eu la veille à Pskov pour 45 € et dispose d’une connexion wifi pour l’internet. Le personnel est très serviable. Et la nourriture y est excellente pour un prix complètement dérisoire.
Je peux également capter la BBC sur un des canaux de la TV. J’y ai appris que la Corée du nord à procéder à un essai nucléaire dans la nuit pour ainsi devenir la neuvième puissance atomique. Il parait aussi que c’est « inacceptable ». Mais comme disait Raymond Aaron, lorsqu’on annonce que c’est inacceptable, ça signifie que l’on accepte.
J’en ai rencontré un de Russe letton à mon arrivée hier. Il est venu me voir décharger mes bagages et m’a demandé d’où je venais. Je lui ai expliqué. Il a tenu à me serrer la main en me disant que j’étais un homme. Je ne savais pas trop quoi penser de cette évidence qu’il m’a reconfirmée en me serrant la main une seconde fois et en m’aidant à retirer mes bagages de la moto.
J’ai passé une bonne partie de la journée à mettre à jour les deux blogs en anglais et à mettre en ligne toutes les photos prises dans la partie orientale de la Russie. Et en fin de journée je suis allé faire un tour dans la ville. Je suis entré dans l’église catholique juste en face de l’hôtel. Je pensais qu’elle était vide mais une messe y était donnée. Elle venait juste de commencer.
La majorité des quelques cinquante fidèles était composée de femmes dont la moyenne d’âge était supérieure à la soixantaine. L’exception était une fille très jolie dans le début de la trentaine qui contrastait fortement avec le reste de l’assistance. Quelque soit l’endroit où on se trouve sur cette planète, les femmes y ont un monopole sur la morale et les hommes sur la violence.
Ce matin, en passant devant la réception pour aller au restaurant prendre mon petit déjeuner (compris dans le prix de la chambre), la réceptionniste m’a intercepté.
- J’ai fait une erreur hier. Je vous ai donné une carte pour l’internet valide pour 24 heures alors que vous m’aviez demandé une carte pour une heure.
- Je ne sais pas. Je n’ai pas vérifié. C’est possible.
J’avais utilisé la carte partiellement et celle-ci ne pouvait plus être reprise. Je ne pouvais me servir de cette carte qu’en Lettonie. Même en m’en servant aujourd’hui, je n’en utiliserais pas plus que pour deux ou trois heures.
- Qu’est-ce que vous voulez que je fasse?
- Je sais que c’est mon erreur. Mais je vais devoir débourser la différence de ma poche.
- Laissez-moi prendre mon petit déjeuner et un café. Je vais y penser.
Quand je suis repassé une vingtaine de minutes plus tard, je lui ai remis un billet d’environ 5 € (la Lettonie est dans l’UE mais n’utilise pas encore l’Euro), la moitié du prix de la carte.
- Est-ce que ça vous semble juste et équitable?
Elle a éclaté en sanglots en me disant qu’elle me donnait son cœur. Je n’en demandais pas tant.
- C’était de ma faute. Vous n’étiez pas obligé.
Non, je n’étais pas obligé. Mais c’est justement quand je ne suis pas obligé que je me sens obligé; pas obligé dans le sens d’obligatoire, obligé dans le sens d’avoir de la compassion pour mon prochain.
Les messes sont comme les films d’Éric Rohmer. À chaque fois que je tombe dessus par accident, je me dis toujours que je ne resterai pas jusqu’à la fin. C’est trop lent. Et puis je finis par trouver des passages intéressants et je reste jusqu’au bout. Les chants étaient en letton que je ne comprends pas plus que le latin mais ça n’en était que plus beau.
La lumière du soleil couchant traversait les vitraux et éclairait une statue de la vierge en contre-jour. Je me suis alors souvenu d’un film de Rohmer, un film très lent, Le Rayon Vert, phénomène naturel que j’ai moi-même observé une fois à Étretat. Une cérémonie religieuse au hasard d’un voyage, c’est semblable à une œuvre d’art, ça nous rappelle des souvenirs ou ça nous projette dans le futur.
From the road where the cars never stop going through the night
To a life where I can watch the sun set and take my time, take all our time

Commentaires
Oh que cēst touchant ton histoire avec la receptioniste, et cette belle messe ... En tous ca beaucoup d humour dans ces quelques lignes. On a mis une belle tite photo de toi et de ta courageuse monture dans le blog et on lit tes lignes alors que nous sommes aussi en Lettonie ! Va-t-on a nouveau se recroiser ? Le hasard en decidera.
Mais en attendant bonne route et a bientot