Je n’ai pas été dérangé pendant la nuit mais je me suis levé un peu après cinq heures et j’ai retiré le lit vacant que j’avais placé devant la porte au cas où. À six heures le patron de l’hôtel est entré dans la chambre sans s’être annoncé. Ça arrive régulièrement en Chine, surtout dans les petits établissements hôteliers, que les propriétaires ou le personnel entre dans la chambre des clients sans s’annoncer.
On s’est dit bonjour et il m’a demandé à qu’elle heure je partais pour la frontière. J’ai répondu que je comptais prendre le train vers dix heures. J’avais été abordé par une étudiante chinoise hier en fin d’après-midi et elle avait insisté pour passer me chercher et me conduire à la gare en matinée. Mais le patron m’a dit qu’il n’y avait pas de train à dix heures et m’a suggéré de prendre un taxi collectif qui ne me coûterait guère plus cher que le train.
Une dizaine de minutes plus tard le taxi est arrivé et, après avoir embarqué trois autres passagers, nous avons pris la route vers sept heures trente en direction de la frontière. Cette route est en fait sur le point de devenir une autoroute. Une nouvelle voie adjacente est en construction et sur le point d’être complétée. Des postes de péage ont déjà été installés mais pas encore aménagés. Pendant les quatre-vingt dix minutes qu’a duré le trajet d’un peu plus de cent kilomètres au milieu du désert nous n’avons traversé aucun village.
Il était encore tôt et la chaleur était supportable. La voie ferrée était visible sur notre droite, parfois à moins d’une centaine de mètres et des portions d’une ancienne route sur notre gauche. Tout comme hier, la majorité des véhicules circulant dans les deux sens étaient principalement des camions. La route et la voie ferrée sont comme deux cordons ombilicaux qui relient la Mongolie à la Chine et par où la majorité du trafic passager et de marchandises transitent.
Parlons un peu de Madame de Bourboulon. Depuis l’étape d’hier, elle était souffrante et ne pris aucune note pendant deux jours. Ce n’est d’ailleurs pas très précis quant à l’endroit où ils passèrent la nuit de leur 11ème étape. J’en ai déduit, que c’était à mi-chemin entre l’étape où je me suis arrêté hier et celle d’aujourd’hui. Et leur 12ème étape semble se situer à une trentaine de kilomètres au sud. Ils ne firent donc pas beaucoup de chemin pendant ces deux jours, ce qui est compréhensible compte tenu de son état de santé et la chaleur qui règne dans cette région pendant l’été.
Elle était déjà souffrante au moment de son départ et je trouve de plus en plus admirable le périple qu’elle a réalisé à une époque où les conditions de voyage étaient loin d’égaler celles que nous connaissons aujourd’hui. Depuis Kalgan, le voyage pour elle était devenu plus rapide et moins commode. Ils firent usage de charrettes « se suivant à fond de train ». Au cours de l’étape d’avant-hier, un cheval s’était abattu et ils firent une chute, « mais sans ressentir aucun mal » précise-t-elle. Pour se reposer de la charrette (sans suspension et sur des pistes comme celui que j’ai pris hier), elle monte à cheval et suit le convoi « au galop » pendant plusieurs dizaines de kilomètres. Quand je pense que ma petite séance de cheval de la semaine dernière au petit trop pendant à peine vingt minutes m’a presque cloué au lit le lendemain matin. Plus j’avance et plus je l’admire.
La ville frontière d’Erlian où je suis arrivée vers neuf heures est en pleine modernisation comme beaucoup de ses consœurs un peu partout en Chine. Les bâtiments de plus de dix ans sont démolis pour faire place à des neufs et les enseignes de devantures de magasins semblent être renouvelés à tous les deux ans.
Beaucoup de trafiquants, honnêtes et moins honnêtes, comme dans toutes les villes frontières. Des changeurs d’argent au noir, majoritairement des femmes mongoles. La diversité ethnique est plus grande que dans villes où je me suis arrêté depuis Pékin, surtout parmi les commerçants des bazars, de grands bâtiments modernes avec une architecture semblable à ce qu’on retrouve du côté de Singapour. Parmi ces commerçants, des musulmans de l’ouest de la Chine reconnaissable à leurs moustaches et parfois à la calotte blanche. Des Tibétaines vêtues de costumes traditionnels et de bijoux d'ambre et de turquoise.
Parlant d’enseignes, l’affichage ici est trilingue : le chinois, le mongol et le mongol. Il existe effectivement deux types de langue mongole : le mongol de Chine et le mongol de Mongolie. Rien ne les distingue dans leur forme parlée, un Mongol de nationalité chinoise comprend parfaitement un Mongol de nationalité mongole. C’est dans l’écriture que cette distinction apparaît. En Chine l’écriture mongole est demeurée traditionnel. C’est celle qu’utilisait Gengis Khan au moment de sa conquête de la Chine et qu’on retrouve sur certaines stèles de l’époque. Cette écriture ressemble à l’arabe mais tourné à 45°.
Le mongol de Mongolie, quant à lui, utilise l’alphabet cyrillique, comme le russe. Il fut adopté en 1944 par le régime communiste de l’époque, arrivé au pouvoir en 1924 et fortement influencé par son grand frère du nord pour faire contrepoids à son grand voisin du sud.
Ce n’est pas un cas unique. Il existe d’autres exemples de pays utilisant des alphabets différents et parlant la même langue. On peut penser au serbo-croate parlé en Serbie et Croatie avec le cyrillique pour le premier et le latin pour le second. Les Pakistanais parlent urdu et les Indous l’hindi mais ces deux langues sont également semblables avec un alphabet arabe pour l’un et une écriture basée sur le sanskrit pour l’autre.
J’ai été le participant bien involontaire d’un petit événement assez cocasse ce matin. Après être resté quelques jours sans prendre de douche, les lieux où je suis resté n’en possédant pas, j’ai donc choisi un hôtel avec douche avec la ferme intention de passer dessous aussitôt entré dans la chambre. La douche ne fonctionnait pas. Retour à la réception où j’explique le problème et où on me fait part de la solution que je ne comprends pas.
Au même moment un homme se présente à la réception. Il me dit en anglais que d’après la réceptionniste, ça devrait être réglé d’ici peu. J’en profite pour lui demander un autre renseignement que j’aimerais qu’il demande au patron. Il m’explique alors que son chinois n’est pas très bon. Il est Mongol, est arrivé ce matin de Mongolie, et il va prendre le bus demain pour Pékin avant de s’envoler pour l’Irlande où il étudie l’anglais depuis un an.
Donc il me dit qu’il ne comprend pas très bien le chinois. Qu’à cela ne tienne, le patron sort à l’extérieur et interpelle un Mongol de nationalité chinoise. Nous sommes maintenant à quatre à nous parler. Je pause la question en anglais au Mongol de Mongolie qui la traduit en mongol au Mongol de Chine qui, lui, la traduit en chinois au patron chinois. La réponse revient par le même chemin mais en sens inverse. Dans un cas comme celui-ci ce n’est pas exagéré de dire que toute cette histoire est du chinois.
J’avais décidé de prendre la journée de repos aujourd’hui et je suis donc resté à Xianghuang Qi. Je m’étais couché tard. Je prévoyais aller visiter un confluent géographique situé pas très loin d’ici. Et j’avais également de la lessive à faire.
Les toilettes des champs (campagne) sont d’une conception analogue mais là la canalisation est absente et les séparations le sont presque toujours. Comme on peut le voir sur la photo, ce sont donc de simples trous à même le sol donnant sur une fosse à ciel ouvert ou parfois (comme je l’ai vu une fois) dans l’auge à cochon. Il faut être à jeun et avoir le pied marin pour éviter l’accident. Ici, pas de panier pour le papier. Tout passe par le trou. Et bien souvent à la campagne ces toilettes sont mixtes.
Dans la pièce à côté, une grande croix rouge était dessinée sur toute la surface du mur blanc. J’ai demandé à la femme qu’est-ce que c’était que cette croix.
Le repas terminé j’ai continué mon chemin. Je me suis fait aborder en anglais par une fille qui m’a dit s’appeler Lize. Elle enseignait cette langue à l’école secondaire juste à côté. J’y suis allé faire un petit tour sans entrer dans les salles de cours et j’ai repris la direction de ce que je pensais toujours être un marché et fait le chemin inverse à travers les étales. J’entendais les gens prononcé lao wai ou meiguo ren sur mon passage. Comme presque partout en Asie, et surtout dans les endroits les plus reculés, les Occidentaux passent tous pour être des Américains.
Je me suis arrêté en espérant profiter moi aussi du spectacle et aussitôt les gens on déserté l’opéra pour venir m’observer. Un attroupement s’est vite formé autour de moi et s’est mis à grossir de minutes en minutes. J’ai pris quelques photos digitales et montré le résultat à l’assistance, provocant sans le vouloir des appels de ceux qui avaient vu vers ceux à l’écart qui n’avaient pas encore vu à venir voir. J’ai pensé mourir étouffé. On me pausait plein de questions et je me faisais gentiment tiré les poils des bras par curiosité, poils presque toujours absent des membres des Asiatiques. J’ai fini non sans peine par me dégager, à dire au revoir et à me diriger vers des endroits moins encombrés.
Je suis rentré à l’hôtel pour commencer à écrire les trois premiers paragraphes de ce billet quand soudain la porte s’est ouverte et un homme est rentré sans avoir frappé. Il était vêtu d’une chemise et d’un pantalon noirs avec une fine gourmette en or au poignet droit. Il s’est dirigé droit sur moi. Il sentait un peu l’alcool et je ne parvenais pas à savoir si j’avais affaire à un ivrogne ou à des ennuis. Il s’est mis à me poser plein de questions que je ne parvenais pas à comprendre. J’ai tenté d’expliquer d’où je venais et où j’allais mais ça ne semblait pas être ce qu’il souhaitait savoir. Il a essayé de prendre mon livre de phrases anglaises-chinoises mais je l’en ai empêché. J’ai alors commencé à penser que j’avais d’avantage affaire aux ennuis, mais aux ennuis légaux. J’ai commencé à relaxer.
Nouvelles discussions en chinois entre mes interlocuteurs.
Donc retour à Zhangbei. Le temps était couvert pour toute la durée du trajet et je n’ai donc pas eu la surprise de ce ciel immense parsemé de gros nuages bourgeonnants que j’avais eu avant-hier. Dans le bus, j’étais au côté de Wan, un jeune de 18 ans originaire de Zhangbei qui étudie à Pékin. Il adore la capitale et n’a qu’une envie, c’est d’y rester après ses études avec la ferme intention de ne pas, lui, retourner à Zhangbei qu’il considère comme un trou perdu.
L’hôtel s’est finalement révélé plus cher que le précédent, mais une fois n’est pas coutume et je me suis retrouvé dans une superbe chambre avec connexion Internet que je ne suis malheureusement pas parvenu à faire fonctionner. Il était 16 heures et le diner n’étant prévu qu’à 19 heures, je suis allé faire un tour dans la ville. Si à Kalgan je faisais effet de bête curieuse, à Zhangbei je suis devenu un spécimen rare. Je passe mon temps à répondre aux hellos! des enfant les plus petits aux personnes les plus âgées. Les gens sont extrêmement accueillants et m’interpellent parfois pour que je vienne faire un tour à l’intérieur de leur maison ou de leur boutique.
Ne serait-ce que pour ça, la prise du pouvoir en 1949 par les communistes à été plus que bénéfique au rôle que tiennent aujourd’hui les femmes dans la société chinoise. Pendant son séjour en Chine, Madame Bourboulon avait été choquée par la condition servile des femmes. Elle site cet ancien proverbe chinois célèbre qui dit : « La jeune fille est soumise à ses parents, l’épouse à son mari, la mère à son fils. » La femme était considérée comme inférieure à l’homme et sa naissance comme une catastrophe. Elle mentionne aussi la mutilation qu’on faisait subir aux femmes pour répondre à la mode des petits pieds. Cette coutume remontait semble t-il à une impératrice née avec un pied bot et qui imposa cet usage aux dames de sa cour. De là il se répandit dans tout l’empire.
Je ne pensais pas qu’une heure de cheval allait me donner autant mal aux cuisses et au postérieur. J’avais du mal à marcher au levé du lit. J’avais bien dormi et récupérer en partie sur la fatigue des jours précédents. J’ai été réveillé un peu après six heures par une musique un peu disco. Sur l’esplanade située de l’autre côté de la rivière et qui fait face à l’hôtel, un groupe de vieux et de moins vieux faisaient leurs exercices matinaux sous l’œil attentif d’une grande statue de Mao.
Les trottoirs le long des rues sont toujours aussi encombrés, mais d’avantage par des vélos, mobylettes, scooters et motos qui y sont garés que par les piétons qui, eux, doivent en descendre pour partager la route avec les véhicules. D’autres rues sont devenues piétonnes et interdites à la circulation. Et d’autres, comme celle sur laquelle est situé mon hôtel, sont larges et bordées de grands arbres qui ajoutent un peu de fraicheur à cette journée encore chaude et humide. Je suis également allé me perdre dans des petites ruelles à l’écart du centre où de vieux quartiers résidentiels subsistent avec de larges portes de bois ou de fer à l’entrée de petites cours, et de l’herbe sauvage qui coure sur les vieux toits en tuiles.
Madame de Bourboulon avait été frappée dans cette ville (vers 1862 sur la photo) par « l’extrême variété de costumes et de types qui résulte de la présence des nombreux marchands étrangers qui s’y donnent rendez-vous. (…) Des Tartares aux jambes nues, aux costumes déguenillées, poussent devant eux sans s’occuper des passants des troupeaux de bœufs, de chevaux et de moutons tandis que des Tibétains se font reconnaître à leurs habits somptueux à leur toque bleue, à rebords en velours noir et à pompon rouge, à leurs longs cheveux flottants sur leurs épaules, dans lesquels sont fixés des joyaux en or et en corail. Plus loin, des chameliers du Turkestan coiffés du turban, au nez aquilin et à la longue robe noire, conduisant avec des cris étranges leur chameaux chargés de sel; enfin des lamas mongols aux habits jaunes et rouges avec la tête complètement rasée (…), et contrastant par leur tenue avec celle du marchand sibérien dont de temps en temps on aperçoit la polonaise doublée de fourrures sur une redingote en drap noir, les grandes bottes à l’écuyère et le large chapeau de feutre. »
J’avais alors sorti le livre et leur avait montré le portrait de Madame de Bourboulon et les cartes anciennes du parcours que j’avais commencé depuis presque une semaine. Ils étaient restés silencieux, mais pendant la journée je les avais entendus parler du livre et des pays que j’allais traverser. À un moment, un des amis de Max avait pointé son index dans ma direction, levé le pouce vers le haut et dit « Mako Polo » le nom que les Chinois donne au célèbre voyageur vénitien qui s’était rendu jusqu’en Chine au 13ème siècle. La route emprunté par Marco Polo était beaucoup plus au sud mais il est exact que la distance était sensiblement la même.
Devenu le plus long musée à ciel ouvert du monde, il fait face aujourd’hui à de nouvelles invasions, touristiques et pacifiques cette fois, mais non moins dommageables à son environnement de par la quantité de déchets que celles-ci laissent un peu partout. Mais il serait tout aussi malsain de tuer la poule aux œufs d’or qui génère assez de revenu pour voir à son maintien et restaurer les portions restées encore à l’abandon.
Après avoir marché sur le dos du serpent pendant plus d’une heure je me suis assis. J’étais seul; seul avec le bruit du vent qui ramenait sur les remparts les cris fantomatiques des envahisseurs mongols et mandchous mêlés à ceux des défenseurs chinois. J’aurais pu me laisser glisser sur les écailles de la bête endormie et me faire emporter jusqu’à la mer à l’est ou le désert à l’ouest. J’ai attendu encore une heure que le soleil baisse sur l’horizon et j’ai pris le chemin du retour.
Plusieurs maisons avaient été transformées en magasins, hôtels et restaurants mais les travaux à l’intérieur n’étaient pas encore complétés. Les remparts étaient sur le point d’être achevé, les deux portes aux extrémités de la ville l’étaient déjà et on était en train d’enterrer les fils électriques. La carte postale était sur le point de sortir de l’imprimerie. Elle serait prête pour les Jeux Olympiques. Ce serait beau, j’avais vu les exemplaires précédents. Beau comme ce village ne l’avait jamais été, et rempli de touristes comme à Badaling en haut de la côte. Un petit Badaling à l’intérieur d’un superbe écrin.
C’est dans un taxi que je suis monté pour me faire conduire, pour le prix d’un café, à un des trois tombeaux ouvert au public, celui de Chang Ling. L’architecture est semblable à celle qu’on retrouve à la Cité interdite et dominée par la couleur rouge des tuiles et des briques. Les bus touristiques se succédaient les uns derrières les autres et déversaient des centaines de touristes chinois et étrangers accueillis par les vendeurs du temple proposant à cette foule colorée des T-shirts, des crèmes glacées, des bières fraiches et des cacahuètes.
Il était maintenant quinze heures et avant de rentrer je suis passé par la Voie sacré qui marque l’entrée du site au sud. D’une longueur de près d’un kilomètre, cette voie est bordée de 24 animaux et de 12 personnages représentant des généraux et des ministres. Cet endroit est beaucoup moins visité que le tombeau Chang Ling où j’étais allé en matinée et le tombeau Ding Ling devant lequel je venais juste de passer sans m’arrêter. J’ai fait l’aller retour jusqu’à la Porte du grand palais qui abrite une énorme tortue supportant la plus grande stèle de Chine. J’ai ensuite emprunté un triporteur pour retourner à l’hôtel et suis retourné au même restaurant où j’étais allé hier soir manger une soupe aux nouilles et aux tripes
Après presqu’une semaine à Pékin, je me suis finalement décidé à aller faire un tour à la Cité interdite, qu’on a rebaptisé le Musée du palais, et dont il serait surprenant que le nom devienne aussi populaire que l’ancien. Là comme partout à Pékin et ailleurs en Chine, les travaux étaient en cours et la plupart des bâtiments couverts d’échafaudages. Ce qui m’a surpris cette fois-ci, tout comme la dernière fois, c’est la sensation de vide qu’on éprouve en entrant dans la première grande cour, une sorte de vertige qui nous fait hésiter à pénétrer plus de l’avant, la même impression que devait ressentir les gladiateurs avant d’entrer dans l’arène.

Encore une fois elle a pensé que je plaisantais. Un Occidental qui trait des vaches. Et juste quatre. À la télé ils ont tous des troupeaux de 2 000 têtes et ils font ça avec des machines. Mais de la manière que je la regardais elle a compris que je ne plaisantais pas. Elle voyait la bouse et la terre au fond de mes yeux qu’elle avait aussi au fond des siens. J’ai senti qu’elle changeait d’avis sur moi l’Ying Ben. On n’avait pas la même couleur de peau mais à ses yeux on était de la même famille. Subitement elle n’a plus eu envie de me vendre ses peintures. C’est à ce moment là que j’ai décidé de lui en acheter une. Et ce n’était même pas elle qui l’avait peinte. C’était une de ses copines. Mais dans cette peinture là la dame sous le cerisier avait un air triste. Elle semblait hésiter. Tout comme Ying Ben par rapport à son avenir.
Je n’avais pas remarqué plus tôt mais, en regardant par la fenêtre, j’ai vu en panneau publicitaire de McDonald’s trôné en haut d’un bâtiment à environ 100 mètres de mon hôtel. Je suis allé y faire un tour pour vérifier et j’ai trouvé le McDo en question au rez-de-chaussée. La civilisation est en marche. Autrefois elle avançait par le goupillon et l’épée, aujourd’hui par la publicité et les produits qu’elle promeut. Je consomme, donc je suis. Descartes est à revoir.
Mais l’endroit que je préfère, tout comme à Versailles, est sans aucun doute le parc de 267 hectares. Si le temple accueille les touristes chinois et étrangers, le parc reste le lieu privilégié des Pékinois qui viennent s’y réfugier de la chaleur torride de la capitale en été et de son vent glacial en hiver. C’est une oasis de paix au milieu d’une fourmilière assourdissante. Là on peut y observer des Pékinois qui s’adonnent à leurs passe-temps favoris le long d’allées bordées de cyprès ; les uns à la danse sociale et au taï-chi, les autres à l’opéra de Pékin et aux instruments traditionnels.