Sur les traces de Mme de Bourboulon

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Mercredi, mai 31 2006

Dernière journée (J - 1)

Dernière journée pour moi à Iwataki. Je n’aurais jamais pensé que tous les détails de dernière minute me prendraient autant de temps. Levé à cinq heures. Préparation des bagages pour le voyage. Dernière vérification de la moto. Vérifier les coordonnées du bureau maritime. Passé à la banque, à la poste, au bureau municipale. Prendre des photos de la moto pour le contrôle douanier : une de côté, une de derrière avec la plaque minéralogique, plus une comportant un numéro de série que je ne trouve pas. Essayer la tente que Tim m’a prêtée. Déballer la toile. Il me manque des cordes. Je ne trouve pas les bons piquets. J’abandonne. Je me passerai de tente. Faire développer les photos. Quelques achats. Changer de l’argent. Repasser une nouvelle fois à la poste, à la banque… Annuler l’abonnement du téléphone, du journal, du gaz. Refaire un dernier colis. Où est-ce que j’ai mis mon passeport? Faire des copies de CD et de DVD. Ne pas oublier de manger. Il est dix-huit heures. Bordel! J’ai oublié… Il est trop tard, le bureau est fermé.

Yukiko est arrivée au même moment. Elle regarde, se décourage, pense que je ne pourrai jamais partir demain. Trop de chose reste à faire.

Vérification des e-mails. Répondre aux plus urgents. Informations contradictoires en ce qui concerne Pékin. Par contre ça semble bien aller pour Vladivostok. Alexey me communique plusieurs numéros de téléphone où je pourrai le joindre dimanche en arrivant. La météo annonce du beau temps pour demain. Très bonne nouvelle. Il faut compter au moins six heures de moto. Yukiko a décidé de m’accompagner en voiture. Dernier aller-retour au centre commercial. Dernier bonsoir au poissonnier. Dernier coucher de soleil sur les rizières de Nodagawa.

Mardi, mai 30 2006

Rencontre catholique (J - 2)

Yukiko est partie vers sept heures pour son travail et moi deux heures plus tard pour Maizuru, à environ une quarantaine de km d’Iwataki, pour renouveler mon permis international. C’est au poste de police qu’on obtient ce document. Le poste de Maizuru est situé juste en face de l’ancien château féodal de cette ville. Quand les châteaux ont fermé boutique au tout début de l'ère Meiji, à la fin du XIXe siècle, les samouraïs en service à l’intérieur de celui de Maizuru on juste eu à traverser la rue pour s’engager dans les nouveaux services de maintien de l’ordre nippons. Après avoir rempli la demande, la réceptionniste m’a dit de revenir chercher mon permis vers treize heures.

J’en ai donc profité pour aller rencontrer le père Fortin. En fait, c’est le père Carrier que je voulais voir. Alors que j’habitais Maizuru, j’avais appris qu’un prêtre d’origine québécoise y résidait. Le nombre de Francophones étant plus que limité dans la région, je l’avais donc rencontré il y a quelques mois. Il m’avait prêté quelques livres et je souhaitais lui rendre avant mon départ. Quand j’ai appelé avant-hier, je suis tombé sur le père Fortin qui m’a annoncé que le père Carrier était subitement décédé d’une crise cardiaque à l’intérieur d’une gare au mois d’octobre dernier.

Le père Fortin, également Québécois, est originaire du Lac Saint-Jean. Il est arrivé au Japon en 1956 à l’âge de 26 ans après avoir traversé le Canada en train jusqu’à Vancouver, et s’être embarqué sur un paquebot à Seattle pour débarquer 14 jours plus tard dans la rade de Yokohama, là même où est arrivé Tom Cruise pour se déguiser en samouraï. Les missionnaires canadien-français étaient alors les missionnaires étrangers les plus nombreux au Japon. Là comme dans beaucoup de pays sous-développés de l’époque (et le Japon en faisait partie) les missionnaires canadien-français évangélisaient à coup de goupillons les mécréants de toutes races. C’était une époque ou l’Église canadienne-française ne se contentait pas de défendre la foi catholique, elle la propageait aux quatre coins de la planète. C’était la mission. On avait la foi. On voulait évangéliser le monde entier, semer la "bonne parole" au delà des océans. Les candidats se bousculaient aux portillons des séminaires de la province. Aujourd’hui certaines mauvaises langues prétendent qu'au Québec la langue française à remplacé la religion catholique. Autre temps, autre combat.

J’ai demandé au père Fortin ce qui avait positivement changé la plus depuis son arrivée.

- La modernisation de la société. Quand je suis arrivé le pays était très pauvre. Je me souviens d’avoir pris le train et de me dire « Comme ce pays est pauvre ». Mais l’intérieur des maisons étaient très bien entretenu. Le Japon d’alors se découvrait de l’intérieur. Dans les années qui ont suivi le pays s’est modernisé de façon phénoménale et à une vitesse incroyable.

Il est exact qu’en débarquant d’Amérique du Nord à l’époque, on ne pouvait être que frappé par cette différence de richesse. L’Amérique du Nord, tout en participant à la Seconde Guerre mondiale, avait échappé à ses ravages et en avait même profité pour relancer son économie. Le Japon, quant à lui, avait chèrement payé le bombardement de Pearl Harbour. Il était à terre. C’était une époque ou les Japonais mangeaient de la vache enragée et leurs enfants de la viande de baleine. Ne demandez pas à des Japonais de cette génération s’ils aiment la viande de baleine. Ils en ont mangé chaque jour à l’école pendant des années, assez pour les écœurer jusqu’à la fin de leur vie.

- Et qu’est ce qui a négativement changé le plus depuis votre arrivée ?

- Le pendant de cette modernisation, la matérialisation de la société toute entière. Il n’est plus question que d’argent. Il n’y a plus de limite à la possession matérielle. Les jeunes ne sont obsédés que par ça.

J’ai quitté le père Fortin après qu’il m’ait remis une médaille sainte pour m’accompagner pendant mon voyage ; médaille qui est venue s’ajouter aux deux amulettes bouddhistes que j’avais déjà reçues d'amis japonais. J’ai ensuite été récupérer mon permis et suis rentré à Iwataki après avoir fait un petit arrêt à l’église de Miyazu. Construite en 1896 par un père d’origine française, elle a la particularité d’avoir été bâtie sur les mêmes plans que l’église située sur le lieu de naissance du prêtre. Elle est également semblable à plusieurs églises catholiques qu’on retrouve sur les Iles Goto Retto, à l’ouest de Nagasaki: son sol est recouvert de tatami. Le soleil qui rentrait à ce moment là à travers les vitraux, était justement en train de dessiner une superbe rosace sur ceux-ci.

Lundi, mai 29 2006

Départ des boîtes (J - 3)

On s’est levé vers sept heures pour terminer le remplissage des boîtes. Il était juste passé midi quand on est allé à la poste pour envoyer les huit cartons à ma nièce Stéphanie en France. Je m’étais renseigné la semaine dernière sur la taille et le poids maximums des boîtes. En arrivant à la poste il n’était plus question d’un maximum de 30 kg mais de 20. Après avoir passé presqu’une semaine sur ces boîtes, je ne me voyais pas déballer et remballer de nouveau. Heureusement il ne s’agissait que d’une petite confusion entre pays d’origine et de destination. Tout à fini par s’arranger. Le coût pour l’envoi m’est revenu à 700 €.

Pour fêter le départ des boîtes, on est allé au restaurant d’à côté s’offrir chacun un bol de ramen. C’est une soupe d'origine chinoise à base de shoyu (sauce de soja) servi avec des nouilles de blé tendre, d’oignons verts émincés, de pousses de soja et de fines tranches de porc rôti. On a fait une folie supplémentaire en commandant une bière pour deux pour faire descendre la soupe.

Petit retour à la maison pour faire un peu de ménage et on a pris le restant de l’après-midi off pour aller finir le reste de la journée et relaxer dans un onsen au nord de la Péninsule Tango à un peu plus d’une heure de route. Cet onsen a ouvert ces portes l’automne dernier et il est au moins trois fois plus grand que celui où j’étais allé la veille.

A une époque lointaine, les onsen (bains thermals japonais dont l'eau est généralement issue de sources volcaniques) étaient mixtes. Mais avec l’occidentalisation du Japon à la fin du XIXe siècle, les protestations britanniques et le « cacher ce sein que je ne saurais voir » oblige, ont forcé les onsen à se « ségrégationer » avec les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. Yukiko est donc passée à droite et moi à gauche. Le soleil commençait à descendre sur la Mer du Japon quand on a pris la route du retour vers Iwataki.

Dimanche, mai 28 2006

Petite pause (J - 4)

J’ai poursuivi le remplissage des boîtes jusqu’à environ deux heures. Il ne restait plus grand-chose, juste deux ou trois bricoles. Il faisait beau et j’ai décidé de prendre une pause et d'aller à l’onsen d’Ômiya. Ce n’est pas mon préféré mais l’eau y est douce et, à une dizaine de kilomètres, c’est un des plus proches.

J’étais encore à l’intérieur quand Yukiko a appelé de Maizuru. Elle rentrait de Nara où elle avait passé la fin de semaine. On s’est donné rendez-vous une heure plus tard au centre d’achat de Miyazu, à peine une heure de route pour chacun d’entre nous. J’ai pris une route forestière peu fréquentée à travers la montagne. Cette route, comme beaucoup d’autres dans la région, a été fermée pendant plusieurs mois suite au typon numéro 23 de l’année 2004. Au Japon, ainsi que dans quelques autres pays asiatiques, les typhons ne portent pas de nom mais des numéros. Le premier de la saison est le numéro un et ainsi de suite jusqu’au dernier. L’année suivante au recommence de nouveau la numérotation.

En sortant des rizières, à la lisière de la forêt, la route est bordée par un groupe de jizô (地蔵). Le jizô est une petite statuette en pierre représentant un moine, souvent placé près d’un temple ou au bord de la route. Très familier et respecté par tous les Japonais, le jizô est considéré comme le protecteur des enfants et des voyageurs.

Quand je suis arrivé au centre d’achat de Miyazu, Yukiko finissait juste de garer sa voiture. On a acheté un peu de nourriture et on est rentré à Iwataki finir tranquillement la soirée.

Samedi, mai 27 2006

So long (J - 5)

Les jours se suivent et se ressemblent, tout au moins en ce qui concerne la météo. Cette fois-ci les prévisions étaient exactes : il pleut.

Je continue bon an mal an d’empaqueter mes affaires dans des cartons. Je suis arrivé au nombre de sept et je pense qu’il doit en rester au moins encore deux ou trois à remplir.

Je lisais La Presse un peu plus tôt et, en autre, le blog de Stéphane Laporte. Dans son billet de jeudi, intitulé "Le potin du jour", il écrit que « Le grand poète Leonard Cohen raffole des Oh Henry. Il les achète à son dépanneur au coin de Marianne et St-Dominique. » J’ai été content d’apprendre ça.

J’ai été attiré par ce billet parce qu’au même moment j’écoutais Cohen.

Now I greet you from the other side of sorrow and despair, with a love so vast and so shattered, it will reach you everywhere.

Et je me suis rappelé.

Je venais de débarquer à Montréal avec ma copine. On était en janvier 76. On gelait avec de la neige jusqu’aux genoux. On avait manqué l'Expo de 67. On avait manqué la Révolution tranquille. Mais celle qui était en marche allait amener le Parti Québécois au pouvoir au mois de novembre. Il y avait deux choses que je ne voulais pas manquer et auxquelles je comptais bien assister en arrivant: les Jeux Olympiques et un concert de Cohen. Je savais qu’il habitait du côté de l’Avenue du Parc. Je travaillais à l’Hôtel Windsor, depuis disparu, et la première chose que j’ai demandé à mes collègues de travail c’était de savoir où je pouvais voir Leonard Cohen.

- Qui ?

- Leonard Cohen.

- Connais pas.

Me suis dit que ce n’était pas possible. Qu’on ne connaisse pas Dylan, passe encore, mais Cohen. Ça devait être l’accent. Je me suis renseigné autre part et obtenu la même réponse.

On a quand même assisté aux Olympiques. Et pour se consoler de ne pas voir Leonard Cohen, on est allé sur le Mont-Royal le 23 juin. Un peu plus haut, un peu plus loin…

Et puis le temps est passé et Cohen a fini par être reconnu à juste titre, à savoir comme ayant influencé un rôle important d’artistes québécois, incluant Beau Dommage, Paul Piché et j’en passe et des meilleurs. Et j’ai fini par le voir un jour au Théâtre St-Denis.

Mais c’est d’une autre histoire que je me suis surtout souvenu. C’était quelques mois plus tôt. J’habitais Paris. Un jour j’ai entendu sur Europe n° 1 que Leonard Cohen allait donner un concert unique à l’Olympia. Je me suis précipité boulevard des Capucines pour acheter deux billets. Je devais être le premier parce que j’ai pu obtenir les deux sièges au centre de la première rangée. Un des plus beaux jours de ma vie.

Le dimanche soir venu, ma copine et moi on est arrivé au moins deux heures à l’avance. On voulait être sûr de pouvoir être les premiers à rentrer. Personne devant l’Olympia. Étrange. Les soirs de concert c’était toujours bondé. Mais bon, deux heures, on n’avait jamais été aussi en avance. On est allé marcher un peu. Quand on est revenu c’était toujours aussi désert, mais les guichets étaient ouverts. Je suis allé me renseigner.

- A qu’elle heure il commence le concert ?

- Quel concert ?

- Comment quel concert, et bien le concert de Leonard Cohen.

- C’était hier soir.

- …

On s'était trompé de jour. Une des pires journées de ma vie. Et puis pour me consoler j’ai fini par le voir quelques semaines plus tard à la Fête de l’Huma. A La Courneuve. A trois cent mètres de la scène. Mais je me suis souvent imaginé la réaction de Cohen ce fameux soir. Il entre en scène. Seul. Le micro est là. Il s’avance. Regarde la salle. Et là, juste devant, à deux mètres, il y a deux sièges vides. Les deux seuls sièges vides de toute la salle. Il n’a pas du comprendre. Il a dû penser qu’il s’agissait d’un complot.

Il parait que Cohen est ruiné. Il parait aussi qu’il mange des Oh Henry. Petite vie.

And I sing for the captain whose ship has not been built, for the mother in confusion, her cradle still unfilled.

So long Leonard,

Vendredi, mai 26 2006

Journée pluvieuse (J - 6)

La météo annonçait du temps couvert pour aujourd’hui et de la pluie pour les deux prochains jours. J’ai donc décidé d’aller à Kyoto aujourd’hui pour fermer un compte bancaire et acheter des nouvelles sacoches pour la moto. J’étais sur la moto vers 8:30 et les deux heures et demie de trajet jusqu’à Kyoto se sont effectivement effectuées sous un ciel gris de mois de novembre.

Quand je suis sorti de la banque il commençait à tomber quelques gouttes. Je cherchais un bureau de poste et je suis tombé sur la boutique «Tintin Kyoto». J’y étais passé l’an dernier pour acheter Le Lotus bleu, l'album le plus proche de l'actualité de l'époque avec l’invasion de la Chine par l’armée impériale japonaise. De toute évidence Hergé ne portait pas les Japonais dans son cœur. Il les ridiculise d’un bout à l’autre du récit. Il n’est pas très tendre vis-à-vis des Occidentaux non plus qui, à l’époque, privilégiaient le Japon. Je voulais acheter la version japonaise. J’étais pressé. J’ai pas fait attention et je me suis retrouvé avec la version française.

Il était 11:45 et la boutique n’ouvrait qu’à midi. Je suis entré dans celle d’à côté qui vendait des poupées japonaises. Au Japon les poupées ne sont pas cantonnées au simple rôle de jouets pour enfants mais ont acquis le statut d'objet d'art à part entière, constituant un genre distinct dans le vaste champ de l'artisanat. J’ai quelques poupées asiatiques, mais aucune n’est japonaise. Je regardais sans toucher. J’admirais. J’étais dans un musée. La gérante s’est approchée.

- Laquelle préférez-vous?

- La petite avec le kimono gris.

- C’est une poupée de l’époque Meiji, a précisé la gérante.

Un peu plus de vingt centimètre de haut. J’avais vu le prix mais j’ai voulu vérifier.

- Elle est combien ?

- 150000 ¥.

Environ 1000 €. Et c’était une des plus petites.

J’ai décidé d’aller acheter Tintin. Cette fois j’ai fait très attention et j’ai acheté la version japonaise.

Le gars chargé de la météo n’avait pas dû consulter les prévisions annoncées à la télé. Il pleuvait comme vache qui pisse. J’ai eu du mal à retrouver le magasin pour les sacoches de moto. Il n’en restait plus. J’ai fait deux autres magasins sans rien trouver. J’ai préféré abandonner et prendre le chemin de retour vers ma campagne.

La pluie n’a pratiquement pas cessé sur le trajet du retour. J’avais l’estomac dans les talons et je me suis arrêté sur le bord de la route pour acheter des onigiri, des boulettes de riz fourrées de viande, de poisson ou de légumes. Ils n’en restaient plus. J’ai pris une soupe. En sortant la pluie commençait à ralentir son rythme et la journée à fermer sa boutique. J’ai fait un dernier arrêt au bord d’une rizière pour écouter le concert des grenouilles.

古池や
蛙飛び込む
水の音

Sans aucun doute le plus connu des haïku de Bashō.

le vieil étang
une grenouille y plonge
bruit de l’eau

Quand je suis arrivé à la maison le soleil avait finalement décidé de sortir de derrière les nuages pour jeter un bref clin d’œil sur l'île de Honshu avant d’aller se coucher.

Jeudi, mai 25 2006

Kokoro (J - 7)

On est allé manger au 心 (kokoro ou cœur en français) hier soir, un restaurant situé à Miyazu, une ville distante d'une dizaine de kilomètres du village où j'habite. 心 est également un classique de la littérature japonaise écrit par Natsume Soseki. Mais ça c'est une autre histoire.

Le 心 est un restaurant japonais typique avec un comptoir qui sépare le patron-cuisinier des clients. Le menu est affiché sur un tableau et change presque quotidiennement. A part nous, le comptoir n’était occupé que par deux dames sans leurs maris probablement restés au bureau à faire des heures supplémentaires. Les deux dames ne semblaient pas s’en plaindre.

On a mangé du 鯵 (aji ou, en français, saurel, chinchard, sévereau, séveran, gascon, gascoun, caval, zeffiru, sucagnenc, sucagnene, cudaspru, sévéréou, chien, caïn, étrangle belle mére (sic), souireill, et trachurus trachurus en latin) qui est, comme chacun sait, un poisson de mer de la famille des Carangidés. On a mangé le 鯵 cru (à gauche et encore frétillant) et cuit (à droite et vraiment mort), plus quelques crevettes. Avec les deux bières, l’addition s’est montée à environ 60€.

Et, tout comme hier, je passe presque toute la journée d’aujourd’hui à remplir les boîtes de tout ce que j’ai pu accumuler au cours des dernières années. La photo donne un aperçu de ce qu’il me restait à empaqueter dans ce qui me servait de bureau peu de temps avant que je me décourage et que je passe à une autre pièce. On devrait définitivement déménagé régulièrement. En plus de voir de nouveaux paysages et de nouvelles têtes, ça permet de faire un grand ménage dans le superficiel et le superflu. A mon grand regret, j’ai conservé très peu de livres et me suis débarrassé de presque tous mes livres de poche, principalement d’auteurs japonais ou chinois. Mais j’ai gardé 心, traduit en français par Le pauvre cœur des hommes.

Mercredi, mai 24 2006

Oba-chan (J - 8)

Le beau temps est revenu, et Yukiko avec. Enfin non, pas vraiment. Yukiko est arrivée au milieu de la nuit après avoir fini son travail à l’Hôpital de la Croix-Rouge. Et il pleuvait encore. Mais ce matin le soleil avait déjà réchauffé les rideaux quand je les ai tirés vers sept heures. Je l’ai laissé dormir jusqu’à 10 heures et l’ai réveillée avec l’odeur du café frais.

L’oba-chan (grand-mère japonaise) d’à côté, qui se trouve être aussi la propriétaire la maison dans laquelle je demeure, m’avait demandé il y a quelques jours de la prendre en photo. Je l’aime bien l’oba-chan. Elle à l’âge de ses artères et me rappelle mon père. Debout à l’aube, hiver comme été, elle passe presque toutes ses journées dans son jardin, grand comme un court de tennis. C’est là qu’elle était quand je suis sorti.

- Alors oba-chan, on la fait cette photo?

- Une petite minute, je vais me changer.

Elle est rentrée se faire belle. Entre temps, sa copine (à droite sur la photo) est passée dans la rue et ma fait un brin de causette. Quand mon oba-chan est ressortie, belle comme une grand-mère catholique un jour de grand-messe, elle a proposé à sa copine de faire d’une pierre deux coups et elles se sont toutes deux retrouvées dans la boîte noire. Très sérieuses mes oba-chan. Pas moyen de les faire sourire d’avantage. L’habitude. Autrefois les photos servaient uniquement pour les documents officiels. Et on ne badine pas avec l’administration, surtout l’administration nipponne.

Mardi, mai 23 2006

Ferry (J - 9)

Je viens d’effectuer le transfert d'argent pour l'achat du billet pour le ferry sur lequel ma moto et moi allons embarquer la semaine prochaine pour Vladivostok... si les dieux continuent à nous être favorables.

Petit temps aujourd'hui sur Iwataki. Il pluviote. Les résidences de luxe d'Amanohashidate sont difficilement visibles. Je continue de me croiser les doigts. Les papillons continuent de me virevolter dans l'estomac. Je regarde tout ce qu’il me reste à faire avant le départ, je visualise dans ma tête le périple que je compte réaliser et je n'arrête pas de me répéter: "Mais qu'allait-il faire dans cette galère".

Lundi, mai 22 2006

Visa (J - 10)

Ça y est. Je suis l'heureux récipient d'un visa commercial d'une durée de six mois pour la Russie. Ce ne fut pas facile. Les démarches ont commencé... me souviens plus. Ça fait trop longtemps. En fait, je n'ai pas encore vu le document en question. J'ai été averti par téléphone vers midi par l'agence chargée de faire les démarches qu'officiellement, je possédais le visa. Mon passeport est toujours à Tokyo, cette fois dans l'attente du visa pour la Mongolie. Le soleil est au zénith et, tout comme moi, il est content de s'être levé ce matin.